Les familles monoparentales no 7

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Les familles monoparentales no 7

« Je me souviens de ces après-midis silencieux avec mon père, qui m’attendait une fois par semaine dans un café. J’avais 10 ans. Je buvais mon chocolat sans réussir à parler. Nous étions tellement gênés par ce manque d’intimité, tout ce bruit et ce monde autour de nous… Quand j’ai divorcé, il y a quelques années, ce souvenir m’a sauté à la figure. Je suis ravi que mon fils de 6 ans et moi ne soyons pas obligés de nous contenter d’un épisodique “droit de visite”, ravi de ne pas lui imposer ce supplice : il vit avec moi quatre jours sur sept ». C’est le  témoignage touchant de Laurent.

La solution, une garde alternée ?

Selon l’Iness, en 2015,  76 % des enfants vivent chez leur mère, tandis que 9 % d’entre eux sont à la charge exclusive de leur père.

Seuls 15 % sont en résidence alternée.

En France, la loi su la garde alternée a été proposée en 2002 par Ségolène Royal, alors ministre de la Famille. Depuis, cette loi ne cesse d’être rediscutée car elle brasse une complexité d’aspects, autant en ce qui concerne les parents, les enfants que la société elle-même. Elle semble amener autant de problèmes qu’elle tente d’en résoudre.

La problématique du lieu

Pour qu’une garde alternée soit physiquement possible, il faut que les deux domiciles parentaux soient à mi-chemin de l’école, ce qui n’est pas toujours facile à organiser.

Il y a aussi une question importante qui se pose au niveau de la chambre de l’enfant:

  • en aura-t-il une toute à lui dans un foyer et juste un petit coin dans l’autre ?

Selon la thérapeute familiale Nicole Prieur, « ce qui importe à l’enfant, qu’il occupe une chambre ou un coin de studio, c’est d’avoir le sentiment que sa présence compte dans chacun de ses deux foyers, qu’il a sa place et qu’il est attendu. »

Ce qui est terrible pour lui , c’est que son lit serve de débarras en son absence.  Elle rajoute : « L’espace qui lui est attribué est une projection de son espace intérieur. L’invasion de son lieu est vécue comme une intrusion intime. »

Daniel Marcelli, pédopsychiatre et président de la Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs, confirme : « La résidence alternée permet de maintenir un cadre régulier d’hébergement chez les deux parents, de passer du temps avec son enfant, de vivre avec lui, ce qui est essentiel.

Ce qui est terrible avec le droit de visite, c’est l’absence de régularité et de continuité dans les rapports. »

Les tensions parentales

Mais encore faut-il que ce soit possible, que les parents soient en mesure de se mettre d’accord entre eux. Or, « ce n’est le cas que dans  un dixième des situations, juste après la rupture », rajoute le Dr Marcelli.

Mettre des enfants au monde revient, qu’on le veuille ou non, à signer « un contrat de codépendance pour la vie », rajoute la psychologue Sylviane Giampino, alors précisément que chacun souhaite se désolidariser de l’engagement scellé par la naissance des enfants !

Pour en revenir aux propos du Dr Marcelli, la garde alternée est souhaitable, mais est-ce possible, de régler les problèmes en discutant avec l’autre, alors que cela n’a justement pas fonctionné pendant toute la durée de vie en commun?

Pour que cela soit possible, il faudrait que les deux parents soient adultes et matures, ce qui est loin d’être le cas. On comprend mieux que la justice doive s’en mêler.

Pour tenter de rééquilibrer des situations bancales et d’ouvrir plus largement la voie à la résidence alternée, un nouveau projet de loi a été voté en France par l’Assemblée Nationale en 2014.

Le député Erwann Binet, coauteur du texte adopté, explique que l’idée n’est pas d’instaurer « une garde partagée systématique et paritaire… mais une égalité de considération entre les deux parents ».

Dans la très grande majorité des cas, le juge fixe la « résidence de l’enfant » au domicile de l’un d’eux, l’autre se voyant attribuer un « droit de visite et d’hébergement ». Ces mots sont une violence symbolique, à l’égard des pères, dans la très grande majorité des cas. Ces mots suggèrent l’idée insupportable d’un sous-parent.

Cette votation vise donc à  supprimer cette discrimination  à désigner un parent gagnant et l’autre perdant.

Il est important que, quand le couple conjugal disparaît, le couple parental continue d’exister », précise-t-il.

Un ou deux domiciles ?

En affirmant ce principe de double domiciliation, la législation tente de faire entrer le principe du recours à la résidence alternée dans les mœurs. C’est notamment ce dernier point qui a fait débat au moment des discussions autour du projet de loi.

Craignant que la double domiciliation ne conduise à un hébergement à mi-temps chez chacun des deux parents, des professionnels de l’enfance, parmi lesquels des pédopsychiatres, ont lancé une pétition de protestation.

Parmi ces signataires, le professeur Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie à l’hôpital Necker, à Paris, explique qu’il s’oppose au mode 50-50  avant 3 ans, même quand les parents sont d’accord. « Car les tout-petits ont besoin de continuité avec un lieu de référence et une figure principale d’attachement. Le père peut d’ailleurs tout à fait former cette figure, même s’il me semble que les femmes restent un peu plus disponibles pour les enfants que les hommes.

Ensuite, le passage à la parité doit se faire progressivement, au fil du temps ».

Quels sont les risques évoqués par les pétitionnaires ?

Celui pour le bébé de ne pas réussir à constituer son « unicité », de se sentir éclaté, morcelé. Il a besoin de références spatio-temporelles, de rituels, de rythmes de sommeil, de vie et d’alimentation réguliers.

Le Dr Daniel Marcelli n’a pas signé cette pétition. S’il confirme que le nourrisson a besoin de régularité et de repères, il refuse de se prononcer sur une éventuelle nocivité de la résidence alternée : « Je n’ai pas de réponse à cette question. »

Il insiste néanmoins sur l’importance des micro rythmes : «Le nourrisson est extrêmement sensible aux sourires, à l’anticipation des réponses apportées quand il pleure pour manger, à la manière dont il est porté, allongé dans le lit, tenu pour lui donner le biberon… Il repère rapidement les changements dans les interactions », ajoute-t-il.

Le bébé pourra-t-il créer son unité personnelle autour de deux pôles, de deux maisons, s’il partage son temps équitablement entre les deux, dans les tout premiers âges de la vie ?

Aucune étude scientifique n’a jusqu’à présent vraiment comparé l’évolution et le bien-être des bébés élevés par un parent dans un domicile unique et des bébés élevés dans deux maisons, car le phénomène est encore récent. Pour l’instant, les prises de position qui recommandent d’éviter la résidence alternée avant 3 ans s’appuient avant tout sur la pratique des thérapeutes.

De mon côté, j’observe la situation de mes voisins, grands-parents, qui depuis plus de 4 ans, gardent leur petite-fille 3 jours par semaine depuis qu’elle a l’âge de 3 mois. Elle a deux foyers et tout va bien.

Tenir compte de l’âge

Après 3 ans, le petit enfant s’adapte plus facilement aux environnements dans lesquels il séjourne, s’accordent la plupart des pédopsychiatres, psychanalystes et psychologues. La parité peut être envisagée, mais elle doit être mise en place petit à petit.

L’évolution de l’enfant et son rapport au temps doivent être pris en compte, car la perception de la durée est différente selon les âges : « Jusqu’à 4 ou 5 ans, passer une semaine sans voir l’autre parent peut paraître long », souligne Sylviane Giampino, psychologue et psychanalyste qui siège à l’Association nationale des psychologues pour la petite enfance, l’Anapsype.

Un conflit de loyauté

A l’adolescence, l’enfant ressent souvent le besoin de n’avoir plus qu’un seul domicile. Mais il craint souvent d’exprimer ce désir, en proie à un conflit de loyauté face à ses parents. Non seulement il doit le demander, mais ensuite, il faut choisir.

De son côté, le parent qui peut se sentir délaissé, doit progressivement intégrer le fait qu’il est normal qu’en grandissant, son enfant se détache de lui pour voler de ses  propres ailes.

Mais cette réalité survient subitement plus vite que prévu et peut se révéler douloureux. Plutôt que de nourrir des ressentiments ou de la jalousie à l’encontre du parent choisi, il est préférable de se faire accompagner par un psychothérapeute pour apprendre à métaboliser cette douleur paisiblement.

Happy end

Par contre, lorsque les choses se passent bien, que les passages d’un parent et d’un domicile à l’autre se font paisiblement, ce n’est que du bonheur

Cela permet à chaque parent d’avoir du temps pour se reposer, se ressourcer, vivre sa vie personnelle et être beaucoup plus disponible pour ses enfants lorsqu’ils reviennent.

 

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