La paternalité (article no 3)

La paternalite (article no3)

Dans les deux articles précédents, nous avons vu que les hommes, comme les femmes, vivent un profond bouleversement psychique ( parfois même physique dans les cas de « couvade » ) lorsqu’ils entrent dans leur nouveau rôle de parent.

Mais la plupart d’entre eux n’y sont pas préparés psychiquement. La fameuse « transparence psychique », ( voir mon article sur la maternalité), décrite par Monique Bydlowski, se produit chez les futurs pères aussi .

Pendant cette période, ils seront parachutés dans leur propre enfance, à revivre la relation qu’ils ont eue avec chacun de leurs parents. Selon la qualité de leurs expériences, ils pourront, ou non, revêtir leur nouveau rôle de papa.

Lorsque leur propre vécu d’enfant se sera mal déroulé, ils seront alors envahis, à l’âge adulte, par toutes sortes de peurs, souvent inconscientes, qui les amèneront à dysfonctionner à leur tour, soit en quittant le bateau, en devenant indifférents ou même violents.

En effet, beaucoup de violences conjugales commencent pendant la grossesse.

Parmi toutes ces angoisses et peurs qui remontent, se pose à eux une grande question que, pour la plupart, ils ne formuleront jamais. Mais elle pourra en ronger plus d’un :

Faut-il, oui ou non, assister à l’accouchement ?

Certains hommes redoutent de devoir assister à l’accouchement, mais ils n’osent pas le dire. C’est relativement nouveau, dans nos sociétés, que les hommes y assistent, mais c’est maintenant bien ancré dans les mentalités.

Alors voilà ! Ceux qui n’y assistent pas sont jugés comme des lâches ou des faibles.

Alors, pour éviter ces jugements, ils ne disent rien et se forcent. Mais la peur du sang, la peur de ne pas savoir gérer, la crainte de s’évanouir, l’angoisse de voir leur femme souffrir, de se sentir impuissants à la soulager, alimentent toute une fantasmagorie d’inquiétudes dans leur esprit, fantasmes parfois terrifiants qui ne correspondent pas toujours à la réalité.

Par exemple, ils sont censés couper le cordon, car c’est maintenant devenu un «must» symbolique. Alors, ils ne l’expriment pas, mais certains ont peur qu’il y ait du sang qui gicle partout !

Ensuite, ils découvriront qu’il n’en est rien car le cordon est clampé de part et d’autre de l’endroit de la coupure.

Mais personne n’a pensé le leur dire. Cela ne saigne que trois gouttes.

Ces angoisses qui leur pourrissent la vie, sont donc des conséquences malheureuses d’un manque d’information et de non-dits.

Et la pudeur ?

La pudeur s’immisce parfois dans la salle d’accouchement. Certains hommes (et certaines futures mamans également), sont inquiets à l’idée d’être confrontés à une situation de véritable lâcher-prise, de perte de contrôle momentané de la femme, où son corps prend le dessus.

Le futur père craint aussi de voir le sexe de sa femme comme écartelé.

Il a raison, il ne faut pas regarder! Ce sera tellement mieux qu’il se tienne près du visage de sa compagne et qu’il voit la même chose qu’elle, c’est-à-dire, leur enfant lorsqu’il sera sorti.

Ce sera tellement magnifique de partager avec lui les premiers  échanges peau à peau et ceux, transfigurants, du protoregard ( voir mes deux articles des 29 mai et 1er juin 2018 ).

Et puis, s’il a eu le courage de ne pas assister, c’est bien aussi ! Il rejoindra alors sa compagne à ce moment-là. En effet, nous avons tous entendu parler de pères traumatisés qui se sont évanouis sous l’effet des émotions et qui, du coup, compliquent la vie du personnel soignant.

Et le désir dans tout ça?

Après pareille expérience (traumatique pour certains), quelques uns  pensent ne plus jamais réussir à ressentir du désir sexuel pour leur femme comme avant !

C’est vrai que c’est ce qui se produit la plupart du temps, dans les premières semaines du post-partum. C’est normal !

Cela laisse d’ailleurs du temps à la maman qui n’est pas disponible aux ébats amoureux dans les premières semaines.

En parallèle, comme par magie ! et par une régulation totalement inconsciente, le taux de la testostérone du père baisse dans les premières semaines, pour le mettre au diapason de sa femme qui est en couches. Ainsi, ni l’un, ni l’autre, ne souffre vraiment de cette diète temporaire de sexualité. N’est-ce pas magnifique ?

Cartha’Mag

Si l’entente sexuelle et relationnelle était bonne entre eux au départ de toute cette aventure, le désir reviendra plus tard, comme avant.

Par contre, si tout était déjà boiteux avant la naissance, le manque de libido (surtout maternel) risque de se rajouter à la liste des causes de divorce. En effet, beaucoup de couples divorcent dans les 2-3 ans après la naissance d’un enfant.

Ah, c’est bien compliqué à vivre, tout ça !

L’aide des forums

Les angoisses sont donc très fréquentes chez les hommes, mais on ne le sait pas. Cependant, lorsque l’on visite des forums dédiés à ce sujet, les témoignages sont plutôt encourageants. Il ne faut donc pas s’en priver!

En voici un, saisi au vol : « Je ne pouvais pas m’empêcher d’être contracté de partout et de pousser en même temps qu’elle ! En résumé, cela a été un moment mémorable et très beau. Rapidement le côté « sanglant » de l’accouchement est mis de côté et laisse la place au merveilleux du moment qui a lieu. Finalement un bébé se fait à deux, quoi de plus naturel que l’accouchement se fasse à deux ? Et puis il ne faut pas oublier que lors de cet événement, c’est la femme qui supporte le plus de douleurs, et la majorité d’entre elles aiment se sentir soutenues par celui qu’elles aiment.»

La psychose puerpérale paternelle (PPP)

Dans un prochain article, je vous expliquerai ce qu’est la psychose puerpérale maternelle (PPM). C’est un sujet bien connu. Mais pour l’instant, restons-en aux pères.

Ce diagnostic de PPP n’existe pas! En tout cas, je ne l’ai pas trouvé. Je l’invente donc, car la PPP existe réellement !

La description de cette problématique passagère, mais très impressionnante, n’est décrite que pour les femmes. C’est comme si personne ne faisait le lien avec la gestation ou naissance de son enfant et la survenue de pareille crise chez l’homme.

Alors qu’en est-il pour ces nouveaux pères déstabilisés ?

Comme en miroir à la psychose puerpérale maternelle, une minorité d’hommes vont traverser un période de grave décompensation psychotique.

Des épisodes psychotiques aigus peuvent survenir autant pendant la grossesse de leur femme que pendant la période du post-partum. Les troubles les plus souvent décrits sont des bouffées délirantes. Les thèmes délirants les plus fréquents sont la culpabilité à l’égard de la mère, la jalousie, le doute sur l’origine de la paternité ou la négation de cette paternité.

Parfois, il est même nécessaire de les hospitaliser en unité psychiatrique pendant quelques jours.

Lorsqu’une telle crise survient, il faut impérativement traiter ce papa par des médicaments neuroleptiques qui vont très rapidement le ramener à la réalité.

chaoscontrole.canalblog.com

La difficulté d’un traitement médicamenteux chez les délirants, c’est que les personnes touchées par le délire ne se sentent pas concernées et qu’elles ne prennent donc pas les médicaments indispensables dans pareille situation. Elles croient totalement à leurs idées délirantes, ne les remettent nullement en question et pensent que les autres ne comprennent rien. C’est d’ailleurs la même chose en ce qui concerne les délires maternels, bien sûr.

Aucun délirant n’est conscient du fait qu’il délire,

sinon, ce ne serait pas du délire !!!

Uniquement, dans des cas de danger réel pour les autres ou pour lui-même, il arrive que l’on soit obligé de leur administrer le traitement par injection.

Sinon, avec beaucoup de patience, on finit en général par leur faire prendre ces traitements et alors, le délire fond comme neige au soleil.

Mindcore

Identifier la cause

Même si le délire se dissipe comme le brouillard sous l’effet des neuroleptiques (antipsychotiques), la problématique causale n’en est pas réglée pour autant.

Il faut donc impérativement que mes collègues psychiatres qui traitent ces papas, les aident à faire le lien entre cette crise profonde et la venue de l’enfant. C’est important de trouver la cause du traumatisme initial qui reste si menaçant et qui s’est joué, la plupart du temps, dans un trouble de l’attachement dont le « parent en devenir » a souffert lorsqu’il était petit.

Si la cause de ces ruptures fondamentales est identifiée, alors ces troubles se soignent très bien par la psychothérapie, moyennant néanmoins un certain temps.

Realdeales.ch

Finalement, il faut voir dans cette crise une révélation réparatrice que l’inconscient tente de mettre en évidence. C’est d’ailleurs la même chose pour les  mamans !

A nous donc, les thérapeutes, de savoir lire ces symptômes si dérangeants et de pouvoir y répondre avec toute notre intelligence et notre bienveillance.

Il est inutile de tenter de raisonner ces papas temporairement disjonctés.

Un délire, par définition, ne se raisonne pas!

Il faut un traitement médicamenteux pour ré-harmoniser la chimie de leur cerveau.

Il va sans dire que les autres membres de la famille et de l’entourage proche nécessitent également de l’aide sous forme d’un accompagnement avisé et spécialisé pendant la tourmente. En effet, on reste bien démuni si l’on ne comprend rien à ces subits changements de comportement.

Pour ceux d’entre nous qui ne sont pas soignants, nous avons néanmoins un rôle important, celui de diffuser cette information si nous en avons connaissance.

Pouvoir mettre des mots sur des maux, c’est déjà le début de la prévention.

« Prévenir vaut mieux que guérir «  nous dit la sagesse populaire.

Ville-Avoine.ch

Cet article est un extrait de mon livre

Accueillir mon bébé avec douceur et bonheur

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